On aimerait innover, mais l’agenda déborde et notre budget est serré? Ici on apprend que, pour se réinventer, on n’a pas besoin d’en faire plus. On doit surtout faire autrement.
Dans cet épisode de J’aime ta compagnie, Marie-Michèle Bélanger reçoit Martial Dubois, ingénieur et consultant en innovation, pour démystifier l’innovation en entreprise et dans les organisations. Un échange très riche où on aborde plusieurs aspects de l’innovation.
- L’importance d’y consacrer du temps régulièrement.
- L’explication du portefeuille de projets 60-30-10 dans notre gestion du temps.
- La place que prend l’intelligence artificielle.
- Le plaisir et les bienfaits de créer en équipe, sans nécessairement chercher des résultats immédiats.
- L’importance de faire confiance au processus.
Un épisode pour comprendre l’importance d’intégrer l’innovation dans nos pratiques et repartir avec des outils concrets pour commencer dès maintenant!
C’est quoi l’innovation en entreprise?
L’innovation, ce n’est pas toujours une révolution technologique. Martial Dubois la définit comme une entité nouvelle ou modifiée, qui génère ou redistribue de la valeur. Pour l’expliquer, Il en ressort trois caractéristiques.
- L’entité. Ce qu’on fait évoluer. Par exemple : un produit, un service, une manière de faire ou une approche marketing.
- Le degré de nouveauté. Cela peut aller d’un simple ajustement d’une offre existante, jusqu’au développement d’un produit révolutionnaire.
- La valeur que ça apporte. Financière, bien sûr, mais aussi sociale, environnementale ou liée aux connaissances. La valeur peut prendre toute les formes que l’on peut imaginer.
En se basant sur cette définition tangible, on évite de tomber dans un piège courant : confondre innovation et effet de mode. Adopter une nouveauté simplement parce qu’elle est populaire peut souvent mener à investir dans un engouement qui retombe rapidement. La vraie innovation se mesure à la valeur réelle qu’elle crée pour notre organisation.
Pourquoi innover est devenu incontournable?
On vit actuellement dans un monde où les perturbations et les changements sont nombreux et s’accélèrent. Dans les dernières années, les entreprises ont composé avec la pandémie, la pénurie de main-d’œuvre, de nouveaux tarifs douaniers, etc. Chaque choc a forcé des secteurs entiers à se transformer.
Un indice créé par la firme Accenture permet mesurer l’ampleur des transformations que vivent les industries. Les chiffres nous démontrent que ces bouleversements ont bondi de 200 % entre 2018 et 2022, contre 7 % les années précédentes. Martial est clair sur ce point :
« La vitesse de changement qu’on vit aujourd’hui, c’est la plus lente que l’on connaîtra pour le reste de notre vie. »
Autrement dit, on n’a pas fini de devoir se réinventer et cette capacité se développe en investissant réellement du temps dans l’innovation.

Se donner du temps pour innover
Un des premiers leviers à mettre en place, c’est de réserver un temps fixe et récurrent à l’innovation. Ensuite, on protège ce moment comme un rendez-vous non négociable.
Pour ce qui est du rythme, il doit s’adapter à chaque organisation. Martial, pour sa part, bloque tous ses vendredis pour se consacrer à l’innovation. Ça peut aussi prendre une autre forme selon notre réalité. Une semaine par saison, par exemple.
Souvent, la difficulté n’est pas de vouloir innover, mais de protéger ce temps à travers les opérations et les urgences. Voici d’ailleurs un outil efficace pour bloquer nos moments et organiser notre temps en conséquence : plan de semaine idéale.
Le portefeuille de projets 60-30-10
Pour décider comment employer ce temps dédié, Martial propose de le répartir le temps à l’aide du portefeuille de projets 60-30-10. C’est une façon de diviser son temps ou son budget d’innovation en trois pôles pour innover en continu sans mettre ses opérations à risque.
- 60 % pour optimiser. Prendre ce qui fonctionne déjà pour l’améliorer, le rendre meilleur.
- 30 % pour faire mûrir. Développer une idée prometteuse qu’on rend peu à peu opérationnelle.
- 10 % pour explorer. Du temps pour faire des paris plus audacieux ou rechercher de nouvelles idées qui pourraient être porteuses dans le futur.
C’est la même logique qu’un portefeuille de placements! On sécurise la majeure partie de nos ressources et on mise une petite portion sur des paris plus risqués, mais à fort potentiel.
Ces deux articles, Arrêtons de penser que l’innovation n’est pas pour nous (Les 5C de l’innovation) et Comment planifier sa semaine sans s’éparpiller? La méthode 75-15-10, peuvent nous aider à poursuivre cette réflexion et se mettre en action.
Oser le risque et mobiliser nos équipes
Innover, c’est aussi accepter un certain risque calculé et voir chaque échec comme un apprentissage. Un projet qui ne trouve pas son marché devient un apprentissage qui nourrit les suivants.
Oser des projets plus ambitieux nous expose davantage. En même temps, ça ouvre aussi la porte à des résultats porteurs qu’on n’aurait peut-être pas imaginés au départ.
Matias nous partage un exemple concret tiré de l’expérience d’une petite entreprise manufacturière française. Pour stimuler la créativité de ses équipes, le dirigeant les a laissées bâtir un escalier de leur choix, sans objectif de vente. Elles ont créé un escalier musical dont chaque marche joue une note. Cet escalier n’a généré aucune vente au départ, mais a créé une belle cohésion d’équipe et stimulé l’innovation. L’effet non prévu? Leur chiffre d’affaires a été augmenté de 14 % l’année où cet escalier a été exposé dans des salons de l’habitation. Les enfants curieux tiraient leurs parents vers ce kiosque beaucoup plus intéressant que les autres!
Mobiliser l’intelligence collective permet aussi d’améliorer le climat d’équipe et de transformer les possibles plaintes en problème concret à résoudre de façon créative!
L’intelligence artificielle, une opportunité parmi d’autres
On rappelle ici que l’IA ne doit pas être une fin en soi. Pour Martial, c’est une opportunité d’innovation parmi d’autres. On doit surtout l’évaluer selon notre besoin d’affaires.
Revenons d’abord à ce qui définit une innovation : sa capacité à générer de la valeur. Quel type de valeur cherche-t-on? Financière? Sociale? Environnementale? De connaissances? Ensuite on peut évaluer si l’IA est vraiment le meilleur moyen d’y arriver. Sans ce point de départ, on risque d’adoptee la technologie pour suivre la vague plutôt que pour servir nos objectifs.
Ensuite, on mesure le risque. Martial Dubois s’appuie sur le cycle du Hype Cycle de la firme Gartner, qui décrit le parcours d’une technologie, depuis l’enthousiasme incertain des débuts, jusqu’à un plateau où son usage devient fiable. L’idée à retenir, c’est de repérer où se situe une technologie sur cette courbe avant de l’adopter.
- Jeune, comme les agents IA aujourd’hui, elle est plus risquée et se traite comme un projet exploratoire (les 10 % du portefeuille).
- Plus proche du plateau fiable, on peut l’intégrer avec plus de confiance.
Quant aux résistances internes dans nos équipes, elles sont normales. Chaque nouvelle technologie fait peur au début. L’important, c’est de bien communiquer et verbaliser les craintes en équipe, puis de se former pour comprendre la technologie, ses possibilités et ses limites.
Innover pour alléger la pression
Bien structurée et partagée, l’innovation peut enlever du poids sur les épaules des gestionnaires. En ouvrant la démarche à toute l’équipe, on cesse de porter seul ce volet. L’équipe peut s’engager, être stimulée et on récupère du temps pour l’essentiel.
L’effet positif peut aussi être personnel. Un projet qui nous motive, même s’il n’est pas rentable tout de suite, redonne de l’énergie et aide à traverser les périodes de doutes.
On peut commencer dès maintenant à innover! On se réserve un petit espace protégé et on fait confiance au processus. La constance de ces moments peut amener de réels impacts positifs sur soi-même, nos équipes et notre capacité à naviguer à travers les changements et incertitudes.
Pour toute question ou besoin d’accompagnement, l’équipe de J’aime ta compagnie est toujours disponible pour un coup de pouce. On peut planifier une rencontre exploratoire gratuite avec grand plaisir!
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En savoir plus Martial Dubois

Martial Dubois est ingénieur de formation et consultant en innovation, où il accompagne les PME, les OBNL et les institutions à développer leur capacité à innover et à gérer le changement. Passionné d’innovation et de transmission, il a étudié dans ce domaine et y travaille depuis une dizaine d’années, d’abord au sein d’un centre de recherche en innovation, puis à son compte depuis trois ans. À travers une approche profondément humaine, il déploie aujourd’hui à l’échelle du Québec une formation destinée aux dirigeant·es et aux gestionnaires. Il s’appuie sur des travaux et une expertise reconnue à l’international pour outiller les organisations.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’innovation?
L’innovation est la création ou la transformation d’un produit, d’un service ou d’une manière de faire, par exemple. Elle apporte une valeur nouvelle. Cette valeur n’est pas seulement financière, elle peut aussi être sociale, environnementale, liée aux connaissances, etc. Selon la définition qu’en donne Martial Dubois, il s’agit d’une entité nouvelle ou modifiée qui génère ou redistribue de la valeur. Concrètement, on n’a donc pas besoin d’une révolution technologique pour innover, car un simple ajustement de son offre, s’il crée de la valeur, en est déjà une.
Combien de temps une PME ou un OBNL devrait-il consacrer à l’innovation?
Il n’existe pas de norme unique. Les organisations les plus innovantes réservent surtout un temps fixe et récurrent, que ce soit une journée par semaine, une semaine par saison ou un pourcentage du temps pour chaque personne. Ce qui compte, c’est la régularité. Même quelques heures par mois, protégées et non négociables, suffisent pour faire une réelle place à l’innovation.
Comment innover sans nuire à ses opérations quotidiennes?
En réservant à l’innovation un espace de temps protégé, par exemple quelques heures par semaine, plutôt qu’en lançant un grand chantier d’un coup. On peut ainsi garder la majorité de son temps sur les opérations et on répartit la portion réservée selon la règle 60-30-10. Le 60 % sert justement à améliorer ce qui existe déjà. C’est un risque calculé. Gardons en tête que certains projets ne rapporteront pas tout de suite, mais ils génèrent d’autres formes de valeur, comme la cohésion d’équipe, la notoriété ou l’apprentissage.
Comment transformer une culture plus négative en processus d’innovation?
Une façon d’y arriver est de permettre un espace constructif à nos équipes pour nommer l’insatisfaction. Fixer un rendez-vous récurrent, par exemple une heure par semaine, où l’équipe nomme un irritant concret. Ensuite, on cherche ensemble une solution. Le rôle du gestionnaire n’est pas d’apporter la réponse, mais d’accueillir les frustrations et de les rediriger vers l’intelligence collective et les solutions positives. Les plaintes deviennent alors des problèmes à résoudre et l’équipe reprend du pouvoir sur son quotidien au lieu de le subir.
L’intelligence artificielle est-elle une bonne façon d’innover pour une petite organisation?
L’IA est une opportunité d’innovation parmi d’autres. Elle n’est pas une fin en soi. On doit surtout partir d’abord de notre besoin d’affaires, de la valeur que l’on souhaite créer et évaluer ensuite si l’IA est le bon outil pour y arriver.
L’équipe de La Firme